Chroniqueur gastronomique et amoureux de la table, Maurice Edmond Saillant alias Curnonsky fut une grande figure. Portrait…
Né 12 octobre 1872 à Angers dans le Maine-et-Loire. Décédé à Paris le 22 juillet 1956. Une plaque indiquant qu’ici vécut et mourut Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky, Prince des gastronomes, est apposée sur l’immeuble du 14 place Henri-Bergson à Paris.
Il a fait beaucoup pour Lyon. Dès 1925 dans ses ouvrages sur la France Gastronomique écrits en collaboration avec Marcel ROUFF, il vante les mérites gourmands de la ville.
Et il frappe encore plus fort une dizaine d’années plus tard. Ce 17 novembre 1934 au sortir d’un dîner au Café Neuf de Marius VETTARD, il est dithyrambique. « Lyon est la capitale mondiale de la gastronomie. J’ai mangé dans presque tous les restaurants de France et de Navarre et je n’ai jamais mieux mangé qu’à Lyon. Et non seulement chez les quatre-vingt-dix ou cent traiteurs de la ville dont une trentaine de renommée mondiale, mais dans les plus modestes auberges et même chez l’habitant. Sans parler de grands amphitryons lyonnais qui sont des gloires de la Table ».

Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky
La Benoite.
Dans ses livrets « La France Gastronomique » écrits avec son complice Marcel Rouff, Curnonsky « Prince élu des gastronomies » et qui, plus tard, décerna à Lyon le titre de « capitale mondiale de la gastronomie » en 1934, s’enflamme pour l’établissement nommé alors restaurant Gourdan et sis 99 rue Dechavanne et 138 rue Nationale.
« L’un de nous deux se rappellera toujours ce beau matin de l’année dernière où, avec trois bons amis, il prit contact avec la cuisine lyonnaise. La solide Panard qui venait de Dijon devait atteindre Lyon pour déjeuner, lorsqu’elle se trouva capot à capot avec une gentille Citroën qui venait en sens inverse : il y eut des froissements d’ailes, des mots échangés entre chauffeurs, bref, des explications qui durèrent plus d’une demi-heure. Cela avait mis les quatre copains en appétit et l’on décida de déjeuner à Villefranche.
Deux aimables indigènes consultés s’écrièrent de la même voix :
Allez chez la Benoite… !
Cinq minutes après nous étions attablés dans une vaste salle à manger, propre et nette, entourés d’un public de clients qui nous regardaient avec quelque méfiance – comme les voyageurs considèrent l’infortuné qui cherche une place dans un grand rapide.
La salle était assez sombre. Mais, au loin, brillaient les cuivres d’une cuisine qui épandait de suaves odeurs. J’augurai bien de ces parfums prémonitoires.
Les hors-d’œuvre me plurent. Il y avait, entre autres, un saucisson sublime. Mais dès qu’apparut la matelote, je sentis naître cette émotion faite d’enthousiasme et de respect qui saisit les gastronomes quand ils se trouvent en présence de la grande cuisine.
La matelote passa mon espérance.
Mais que dire des quenelles, et du poulet sauté, et de la terrine de gibier et des cardons à la moelle…
À chaque plat c’étaient de nouveau cris d’extase. Chacun goûtait, chacun dévorait et chacun en redemandait (comme dit la Comtesse de Ségur dans les Petites Filles modèles à moins que ce ne soit dans Diloy le Chemineau ou dans le Général Dourakine).
Et quel délicieux et fin Beaujolais…
Le déjeuner se prolongea bien au-delà des limites permises à des automobilistes. Mais nous ne sommes point de ces mercenaires qui font de la moyenne et ne sont heureux que quand l’aiguille du compteur oscille entre 115 et 125.
Un petit train-train de 75 à l’heure suffit à nos appétits de vitesse.
Nous quittâmes fort tard cette excellente maison, sans oser demander pourquoi on la désigne sous le nom de la Benoite… Sans doute en souvenir d’un grand cordon bleu. Quoi qu’il en soit, le cordon bleu y a laissé les meilleures traditions et le Restaurant Gourdan est une benoite et digne auberge de France, et l’une des meilleures du Lyonnais ce qui, encore une fois, n’est pas peu dire. »
Paroles de Prince…
NOTA : En sortant du restaurant, Curnonsky ignore donc pourquoi on l’a baptisé « La Benoite ». Nous avons l’explication et la livrerons dans deux jours, ici même…
Jean-François Mesplède


