Clotilde Bizolon, une Mère pas comme les autres …
Photo : La légion d’honneur pour la Mère Bizolon
Symbole du dévouement lyonnais au cours des Années Folles, comme l’écrit Bernard Boucheix, elle figure parmi le « trio majeur » des Mères les plus réputées de la « capitale des Gaules avec la Mère Fillioux et la Mère Brazier.
Elle est morte le 3 mars 1940 à 69 ans et une rue porte son nom à Lyon.
Née le 21 janvier 1871 à Coligny dans l’Ain, Marie Josèphe Clotilde Bizolon, née Thévenet est la fille d’un sabotier. Comme Eugénie Brazier, elle est issue de la Bresse et c’est donc aux frontières savoyardes que la pauvre bergère de Verjon épouse Monsieur Bizolon. De leur union naît un fils, Georges, le 25 août 1891.
Le couple quitte alors Coligny et s’installe à Lyon, dans le quartier de la gare de Perrache, où son mari, cordonnier, ouvre sa boutique au 5 rue Henri IV.
En 1893, elle devient veuve et son fils n’a alors que deux ans… En août 1914, mobilisé dès le début de la guerre, il est envoyé au sein de la compagnie du 21ème Bataillon de Chasseurs à pied de Montbéliard et envoyé au front.
Seule, la « Veuve Bizolon » décide alors de participer au soutien moral des troupes et pour cela, avec l’aide de voisins et amis, elle improvise un comptoir exposé au vent avec quelques planches et six tonneaux de bois.
Par mauvais temps, elle s’installe dans le hall de la gare de Perrache où elle propose aux soldats de passage du café, du vin, un bouillon chaud, au pain et de précieux mots de soutien.
Par la suite, on lui construira un préfabriqué de bois pour installer sa buvette à l’extérieur. Et, en remerciements, les soldats lui chantent souvent « La Madelon » par respect et par gratitude.
Composé en 1914 par Camille Robert pour les soldats en permission, ce chant populaire devient rapidement un chant militaire dont « La Mère Bizolon », fondatrice de l’œuvre du déjeuner du soldat, est l’incarnation…
Paroles de la chanson des poilus : La Madelon …
Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !
Nombreux sont ceux qui parlent d’une « femme patriotique au grand cœur » qui a reçu plus de cent mille lettres alors que sa buvette accueille jusqu’à mille soldats par jour.
Sa modestie offrant un art culinaire comme réponse à une situation grave donne à cette grande dame un destin hors du commun. Et sa légendaire buvette l’a fait entrer dans l’histoire mythique des « Mères Lyonnaises ».
La Madelon de Perrache et ses chers poilus
Après la fin du conflit, elle transforme l’ancienne boutique de cordonnier de son mari en un modeste « bouchon lyonnais » et participe à de nombreuses œuvres de bienfaisance. Par sa modestie et sa notoriété, décorée de la Légion d’honneur, elle devient la plus célèbre « patronne des bouchons lyonnais ».
La buvette rouvrit lors de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Tout finit pourtant mal pour elle puisque le 3 mars 1940, la « maman des poilus » décède d’un crime crapuleux à la suite d’une mystérieuse agression survenue le 29 février.
En gare de Perrache un hommage est rendu à la Mère à travers cette plaque…
© Archives Jean-François Mesplède
Remerciement à Bernard Boucheix pour les éléments biographiques.



