Si elle perd sa troisième étoile en 1960, Eugénie Brazier en reconquiert une deux ans plus tard et passe directement d’une à trois étoiles en 1963. Et le 15 mars 1963, son fils Gaston la félicite… à travers une simple lettre…
Eugénie Brazier fut, avec Marie Bourgeois (que l’on oublie trop souvent) couronnée à trois étoiles en son restaurant « La Mère Bourgeois » à Priay dans l’Ain, de la première promotion à « trois étoiles » du Guide Michelin en 1933. Tant en son restaurant du 12 rue Royale à Lyon qu’en son « chalet » du col de la Luère.
En 1951, lorsqu’après la suppression des étoiles pendant une dizaine d’années, celles-ci reviennent, la Mère Brazier est de la première promotion d’après-guerre. Mais en 1960, à la sortie du guide Michelin, la France gastronomique vit un évènement sans précédent : au col de la Luère près de Lyon, elle vient de perdre sa troisième étoile. Cette année-là, dix restaurants seulement sont notés au plus haut niveau de la hiérarchie… et celui de la Mère n’en fait pas partie.
En fait, l’explication d’une pareille déconvenue est simple : fatiguée et lasse, Eugénie Brazier estime qu’à 65 ans elle pouvait prendre un peu de recul. Elle a confié la gestion du restaurant à des proches mais tout ne s’est pas merveilleusement passé et Michelin a pris des sanctions. Pire, l’année suivante, en 1961, il n’y a plus d’étoile au col mais la simple mention : « réouverture prévue sous la direction de Madame Brazier ».
Elle revient donc, reprend une étoile dès l’année suivante et triple la mise en 1963 : du jamais vu dans l’histoire du guide que ce passage direct à trois étoiles. Les fidèles qui apprécient le retour de la Mère aux affaires, ne sont pas surpris : le restaurant est redevenu l’un des meilleurs de France et mérite donc le voyage.
Son fils Gaston Brazier, avec qui les liens se résument désormais à quelques conversations téléphoniques, est ravi. Il sait combien sa mère avait été marquée par cette dégringolade et il n’ignore rien de l’énergie déployée pour repositionner le restaurant à son meilleur niveau.
Il sait tout cela et l’écrit à sa mère. Une lettre simple et émouvante qui démontre que leur brouille est un énorme malentendu que nul n’aura le courage ou la volonté de dissiper.
Ravi de son retour au plus haut-niveau étoilé, les clients peuvent à nouveau se régaler d’un plat mythique : le fond d’artichaut au foie gras…
@ JF Mesplède



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