Historiquement, le mâchon est populaire à partir des années 1850 et consiste à partager un repas avec les restes réchauffés de la veille : cochonnailles chaudes ou froides, salades, lentilles du puy, andouillette, pommes de terre, tablier de sapeur, bref toute la cuisine lyonnaise dans sa définition la plus large et généreuse. Et il était fort prisé des ouvriers de la soie, les fameux canuts ».
En 1944, le journaliste Marcel-Émile Grancher fait dire à l’un de ses héros du Charcutier de Machonville attablé devant une potée beaujolaise : « À Lyon le café-crème commence au jambonneau. »
Le petit déjeuner lyonnais, c’est donc le mâchon. Le mâchon, ce repas pris le matin vers neuf heures dans les bouchons lyonnais ; un repas constitué d’un plat, d’un fromage et d’un pot de vin rouge. Un gratin d’andouillette ou une tête de veau sauce gribiche au petit matin, ça surprend un peu au début. On s’habitue très vite, surtout quand le mâchon est partagé avec des amis, car on ne mâchonne jamais seul ; un mâchon, ça se partage !
L’historien Bruno Benoit définit le mâchon dans la Revue Autrement de juillet 2001 en ces quelques mots : « Le mâchon lyonnais est la « messe matinale des vrais gones ». On y rompt le pain et on y boit le vin comme à l’office.
Dans le mâchon se mêlent le « réchauffé » et les cochonnailles, le tout arrosé de pots de beaujolais. Il scelle la rencontre car, à Lyon, on ne se connaît pas tant qu’on n’a pas mangé ensemble.
Le mâchon a connu des hauts et des bas au cours de ses deux siècles d’existence. La crise de l’industrie de la soie à l’aube du 20e siècle ou la crise de la vache folle au début du 21e siècle, ont bien failli sonner le glas du mâchon lyonnais.
Mais cette ancienne tradition, bien ancrée dans les us et coutumes locales, a survécu à l’usure du temps et des évènements. Il connait même un renouveau sans pareil depuis 2018, date de l’organisation du plus grand mâchon du monde. Il pourrait même être reconnu au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO dans les prochaines années.
Parfaits complices, Guillaume Bouvy pour l’histoire et Manon Mugnier pour les dessins, proposent dans le mensuel « Les rues de Lyon », leur histoire du mâchon.
Le magazine est en vente dans une cinquantaine de librairies et points de vente de Lyon et sa périphérie au prix de 3 euros.
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