130 ans déjà qu’Eugénie BRAZIER voyait le jour…
Petit clin d’œil à cette mère de légende, première femme de l’histoire à cumuler deux fois « trois étoiles » dans le Guide Michelin… en 1933. Portrait…
BRAZIER Eugénie.
La Mère Brazier à Lyon puis au col de la Luère dans le Rhône.
Née le 12 juin 1895 à La Tranclière dans l’Ain. Décédée le 4 mars 1977 à Roche-Coucou dans le Rhône.
Fille de pauvres paysans de la Bresse, orpheline de mère à l’âge de dix ans, fille-mère à dix-huit et chassée de la ferme par son père : la vie d’Eugénie Brazier ressemble à un roman.
« Vous êtes certaine qu’elle fait la cuisine ? Chez moi, elle était à la plonge », grince la cuisinière. Gloire gastronomique lyonnaise dans les années vingt, la Mère Fillioux supporte mal le succès grandissant de celle qui fut jadis son élève.
« Elle n’en a alors que plus de mérite » s’amuse alors la cliente qui vient de lui parler d’Eugénie Brazier, installée depuis le 10 avril 1921 au 12 de la rue Royale à Lyon. Si les débuts sont difficiles, un petit coup de pouce du destin l’a propulsée au sommet de la hiérarchie dans cette « capitale mondiale de la gastronomie » appréciée par Curnonsky.
Le destin ? Louis Chiron, le meilleur pilote automobile de son époque, et Serge André patron de la Spidoleïne, une huile de voiture partenaire du Grand Prix d’Europe disputé à Saint-Fons dans la périphérie lyonnaise.
Ces deux-là viennent chercher des paniers repas pour l’équipe. Puis le soir même, célèbrent leur victoire au restaurant. À la « Spido », on s’entiche d’Eugénie Brazier qui viendra désormais chaque année préparer dans la capitale un banquet de 200 couverts réunissant le Tout-Paris.
Le destin ? Édouard Herriot, Maire de Lyon de 1905 à 1957. Il devient tellement assidu du restaurant que certains imaginent une idylle avec la cuisinière. Or, il apprécie simplement les plats mythiques qui firent le succès de la plus célèbre mère lyonnaise : fonds d’artichauts au foie gras, quenelles en gratin et volaille de Bresse demi-deuil.
Et il sera tout aussi fidèle à la maison du col de la Luère, à une vingtaine de kilomètres de Lyon.
Aujourd’hui résidence d’un particulier, ce fut longtemps l’un des restaurants les plus réputés du monde. Fatiguée de trop travailler, Eugénie Brazier s’était réfugiée en 1928 dans ce qui n’était alors qu’un chalet de bois sur un vaste terrain sans eau, sans gaz ni électricité.
Elle en fit une étape incontournable pour les gourmets, notée au sommet par le guide Michelin pendant une quinzaine d’années.
C’est là que Paul Bocuse, juste après la guerre, puis Bernard Pacaud à la fin des années soixante ont découvert la cuisine de cette femme hors du commun.
LA VALSE DES ÉTOILES : Au col de la Luère, Eugénie Brazier obtient trois étoiles en 1933 (cumulées avec celles de la rue Royale à Lyon). Elle perd la troisième étoile en 1939, la retrouve en 1951 et la conserve jusqu’en 1959.
En mars 1960, Eugénie Brazier, qui a confié à des proches la gestion de son restaurant, perd sa troisième étoile.
En 1961, il n’a plus d’étoile mais porte la simple mention dans le guide « réouverture prévue sous la direction de Madame Brazier ».
C’est chose faite en 1962, quand elle revient aux affaires pour récolter une étoile et retrouver la troisième l’année suivante : du jamais vu dans l’histoire du guide Michelin.
Elle conserve trois étoiles jusqu’en mars 1968 puis est rétrogradée à deux étoiles conservées jusqu’en mars 1974. L’année suivante, le restaurant ne figure plus dans le guide.
EN HOMMAGE : Le 25 novembre 2000, suite à un avis favorable de Raymond Barre, Maire de Lyon, est inaugurée la rue « Eugénie Brazier » juste à l’angle à la rue Royale où est implanté le restaurant depuis 1921 !
Pour l’anecdote, le nom de la cuisinière qui sut conquérir des étoiles et le cœur des gourmets de sa ville, remplace celui de Francis Séverin Marceau, général français vainqueur à Fleurus le 26 juin 1794…
@ J.F Mesplède
PHOTOS
Eugénie Brazier en bonne compagnie sur la fresque de la Cité de la Création, visible dans la cour du restaurant Bocuse à Collonges au Mont d’Or. On reconnait avec elle, son fils Gaston, Édouard Herriot et la Mère Fillioux autre gloire lyonnaise.

Eugénie avec l’élite étoilée des cuisiniers lyonnais en hommage au col de la Luère en 1964 : Paul Blanc (Thoissey), Paul Bocuse (Collonges au Mont d’Or), Jean Vettard, Jean Vignard, Marius Vettard (caché), Christian Bourillot, Roger Roucou, Paul Lacombe (tous de Lyon) et Guy Thivard (Vienne). © Archives Christian Bourillot
@ Archives JF Mesplède


