Curnonsky avouait, au sortir d’un copieux déjeuner chez « La Benoite » tenu alors par un nommé Gourdan, qu’il ignorait pourquoi le restaurant portait aussi ce nom.
Grâce aux recherches de Jacques Bruyas, journaliste et écrivain, nous en savons davantage sur cette « mystérieuse » cuisinière dont nous n’avons pas réussi à trouver une photo !
Si l’on en croit le parcours de… Benoite, elle travaille à un petit café de la rue Dechavanne tenu par une certaine Madame Nicolas.

Chez La Benoite à Villefranche
En 1895, à l’âge de 22 ans, elle épouse Marius Gourdan qui met dans le panier de la jeune femme un cadeau jugé alors inestimable : le petit café où elle travaillait et qui devient alors le Restaurant Gourdan, La Benoite !
Elle ne laisse désormais le soin à personne de préparer les menus où, selon les témoins de l’époque, « on ne trouve pas des plats extraordinaires mais de bonnes choses bien préparées ».
Un exemple ? Ce fameux poulet à la crème qui assura sa célébrité et dont elle parlait tout simplement. « Un secret pour mon poulet à la crème ? Tout simple, mettre de la crème, encore de la crème, toujours de la crème et seulement de la crème ».
A son répertoire également, proposés avant l’incontournable poulet qu’accompagnait un remarquable gratin dauphinois, des « poissons de Saône » (carpes, perches, brochets).
Certains n’ont pas oublié les solides appétits de certains clients, à l’image de Maître Valencio, ténor du barreau lyonnais qui, à 16 heures, pouvait manger un gratin dauphinois pour 6 et boire 5 pots à lui tout seul… avant de se remettre à table à 19 H 30 !
À l’image des femmes cuisinières de l’époque, La Benoite avait son caractère ce que son fils Louis Gourdan, passé par plusieurs maisons bien notées (dont le restaurant Bocuse à l’époque où Borisoff l’avait racheté), s’en souvient fort bien.
Si l’on n’a jamais retrouvé de « Livre d’Or » pour le restaurant, l’on sait que Jean Cocteau, Maurice Utrillo, Colette (habituée de Limas), Suzanne Valadon et Edouard Herriot longtemps Maire de Lyon, venaient s’y attabler. Et l’on dit même que c’est dans ce restaurant que Léon Daudet créa en 1914 son expression « Lyon est arrosée par trois fleuves, le Rhône, la Saône et le Beaujolais ».
En 1928, Benoite Gourdan se retira de la restauration et, à priori, c’est le dénommé Soitel qui reprit l’affaire qu’il céda, en 1931 à Jean Arparin.
La suite ? L’on croit savoir que Marius et Benoite Gourdan se sont retirés à Gleizé et ont acquis des vignes à Jarnioux où ils ont fini leur vie…
NOTA : Tous nos remerciements à Jacques Bruyas dont les recherches nous ont été indispensables pour rédiger ce texte…
Jean-François Mesplède


